Vive la sanchon çanfraise

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Le bal des ringards Présidées par le patron d’un label indépendant, les Victoires de la musique ne pouvaient cette année qu’être respectables, présenter un palmarès digne et susciter les applaudissements des professionnels de la profession… Que nenni ! A voir ce qu’ils en ont fait, ces messieurs ont plutôt semblé s’acharner sur le cadavre d’un figurant de Six Feet Under.
A commencer par ça : les Rita Mitsouko dans la catégorie Artiste(s) interprète(s) féminine(s) de l’année, ça aurait dû faire sortir tous les guitaristes de France dans la rue. Fred Chichin, un homme qui en a… des seins ? L’honneur est sauf : c’est Françoise Hardy qui obtenu le prix, et on ne peut pas la soupçonner de manquer de féminité : elle était la covergirl préférée de Mick Jagger dans sa jeunesse.
Autre aberration dans ce palmarès : Daniel Darc élu Révélation en 2005 ! J’avoue ignorer les critères exacts pour être éligible dans cette catégorie, mais connaissant la discographie solo du garçon, ça me semble louche, sans compter sa carrière en groupe dans le légendaire Taxi Girl…
Cette cérémonie a touché le coeur du problème, à savoir le ridicule de toute cette mise en scène, en remettant le prix du Clip de l’année à Alain Chamfort pour Les beaux yeux de Laure… La vidéo en DV, genre caméra cachée, dans laquelle il charge sa maison de disques qui lui a rendu son contrat. Grâce aux Victoires, les producteurs peuvent dire aux artistes : quand on vous aura tous virés, on vous filera des prix de consolation, même aux ringards !
Et la plus belle victoire de toutes, c’est celle qui a été remise à l’impayable Mylène Farmer pour les vingt ans de musique insupportable qu’elle nous a fait subir depuis la création de cette cérémonie foireuse. (Pourquoi pas Michèle Torr, tant qu’à couronner les chanteuses qui font peur ? Ca fait plus de vingt ans qu’elle chante et que tout le monde s’en tamponne, ça mérite bien un prix, non ?)
D’ailleurs, les tubes à essais de Libé se sont autorisé un emplafonnement de la dernière livraison de la rousse ici. Mais comme Universal a truffé les réseaux d’échange de leurres, je n’ai même pas eu le plaisir de rire de cette chose pour l’instant. Et ne compte pas sur moi pour écouter NRJ en attendant la diffusion dudit tube, ça me tombera bien assez tôt dans les oreilles.
Bon, les Victoires de musique, fallait pas être devin pour prévoir un sérieux foutage de gueule (donc, j’ai séché le Zénith et le plateau-télé. Je suis allé voir ça, plutôt, c’était sympa). La semaine précédente, les César s’en étaient mieux sortis : au moins, les vannes de Gad Elmaleh, le défilé des alcooliques mondains et les lèvres d’Isabelle Adjani m’ont fait marrer.

Il reste toutefois un petit peu d’espoir à cette chose musicale qui se chante en mots français. Outre l’événement que représente l’outrancier photoshopage de Lara Fabian nue sur la pochette de son dernier album (sera-ce vraiment le dernier ?), il y a la claque Camille. Je vais essayer de ne pas en faire des tonnes, parce que la blogosphère et la presse musicale, parisienne, nationale, bref, tout le monde s’extasie à l’écoute du Fil. Qui est bel et bien chanté en mots français quoi que leur sens m’échappe…
Camille, si tu me lis, tu étais déjà vachement bien sur ton premier album, Le sac des filles. Trop polie, parfois, ton grain de folie, ton petit vélo dans la voix étaient un peu bridés… Restent la chanson éponyme, hymne post-féministe rigolo, et La demeure d’un ciel, pseudo-soul déchirante qui laissait entrevoir Le Fil… Tu étais aussi vachement bien dans Nouvelle Vague (pistes 3, 4, 6 et 8), surtout pour In a manner of speaking (la 3), cette ballade tellement triste que je n’ai rien pu faire d’autre que l’écouter 20 fois de suite, un soir. Après, sur scène, tu t’es lâchée et tu as massacré l’intention bossa nova de ce concept album : je ne t’en ai pas voulu parce que tu m’as prouvé, ce soir-là, au Triptyque, que tu n’étais pas une chanteuse comme les autres, plutôt une preneuse d’otages.
Merci pour ton coup de fil (feel ?), ce travail étonnant sur la voix, ce disque qui trouve plus de sens dans le feeling que dans les mots : tu rappes mieux que MC Farmer (voir plus haut), tu vocalises mieux que Björk, tu évoques tes obsessions comme une grande artiste. Et quand mon iPod te fait chanter au creux de mes oreilles, j’ai l’impression que c’est mon cerveau qui fait des bruits de bouche.
Alors pour reprendre un peu de distance, je ressors Ruby du premier CD : un enregistrement que tu as dû passer 35 fois dans un magnétophone pour qu’il sonne aussi usé, et pourtant ton timbre y est toujours reconnaissable. Et puisqu’on a causé céfran jusque là, par esprit de contradiction, on écoute angliche…

We, French music listeners, have a very strange annual award ceremony: les Victoires de la musique. For 20 years, it has been known for being a boring TV show, and a complete masquerade. This year, once again, it was a ridiculous prom ball, where the French music industry has proved to be hypocritical and stupid. The most ludicrous example being the band Les Rita Mitsouko nominated for Best female artist award: imagine the reactions if a band as big as No Doubt was in that category (even if their music have nothing to do, by the way). Fans would go out and demonstrate their disagreement… The press would humiliate the jury for this unfair cast… Other nominated artists would protest against such nonsense… Well, in fact, nothing happened, and Les Rita Mitsouko didn’t win the prize anyway.
However, French chanson is not completely dead with its lacking sense of reality, some artists are really renewing it. Camille is one of them. She bears a name that can be either male or female in French, and her voice, sometimes, sounds like a young boy’s. On her latest album Le Fil (The Thread), with very few instruments and heavy vocal arragements, she tells strange stories about loving too strong, about being dead on the road to Nice, about taking the place of someone else’s pain… She sings that birds too are afraid of heights.
This record seems like an obvious spin-off to Björk’s Medulla, but she was already working on it one year ago, before the icelandic diva released her all-voices effort. I saw Camille live on a Nouvelle Vague show and she performed her songs on a complete different mood from the studio versions and it appears to me now that she was giving to Nouvelle Vague her Fil feeling.
Yet, as you can find many information on this new album of hers (here, for example), I’m giving out to you an English-speaking song from more conventional Le sac des filles, her first album. She wrote it, like most of her works. And you can sense her unique tone, here very feminine, light and warm. Now, like Theseus, follow the sonic thread…

(image taken from coulonges.net)

Camille – Ruby