Triste tropisme

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Play Pause repart, revient, rerepart, rerevient, c’est un éternel recommencement. Ça doit bien être la dixième fois que je me remets à ce blog, en clamant haut et fort (« effort… effort » répondit l’écho) que j’y crois à fond. Autant d’annonces pour si peu d’effets, on dirait un projet du gouvernement…

Tiens, parlons-en, du gouvernement. Leur nouveau truc, c’est l’identité nationale. Enfin, c’est pas très nouveau, ça date de 2007 quand même, mais, c’est comme l’histoire de Frédéric Mitterrand, c’est sans doute parce qu’ils s’emmerdent qu’ils le ressortent maintenant. Un petit peu aussi parce qu’ils ne savent pas trop quoi raconter à quelques mois de régionales et qu’il est plus « porteur » de parler de la Frâââânce et de ses valeurs que de la suppression de la taxe professionnelle et des impôts locaux qu’il va falloir augmenter pour compenser. Sûrement aussi pour faire diversion, pour faire oublier les charters d’Afghans, la catastrophe Jean Sarkozy, la honte Hortefeux, le procès Clearstream qui fait « pschitt », le vain G20

Alors Besson, ministre des basses tâches, ouvre un site Web, s’affiche dans tous les médias possibles pour dire avec son air de faux derche « Mais c’est une grande question, c’est même la seule qu’il soit digne de poser ». Et Ségolène, pas rancunière, de lui emboîter le pas « Oui, oui, oui, d’ailleurs, j’étais la première à en parler » (sic). Elle prétend même que c’est en 1986 (et re-sic) qu’elle a lancé le sujet. Pfiou… 23 ans pour qu’une question posée revienne au cœur du débat politique, plus fort qu’Hubert Reeves et Al Gore réunis !
Bref. Revenons au fond du sujet.

Qu’est-ce qu’être français ?

Anne Roumanoff, que je ne considère pas comme la comique la plus drôle ni la plus inspirée, s’est fendue d’une chronique fort bien troussée et qui remet Besson bien à sa place dans le JDD du week-end dernier. En résumé, être français pour la petite dame en rouge, c’est avoir des grands parents étrangers, pleurer à la Coupe du Monde et s’identifier autant à Astérix qu’à Obélix. Courageux mais fleur bleue, contestaire mais loyaliste, droit dans ses bottes mais sur les barricades.
Pourquoi pas.

On va donc enfoncer les portes ouvertes, invoquer les Lumières, le Maréchal et le Général (en prétendant regarder dans la bonne direction), flirter avec le patriotisme moisi à l’heure de l’Europe déjà construite. Contributions en ligne, forums participatifs, réunions de groupe, comme si le pays tout entier était inscrit aux « Français Anonymes » en rehab.

Tout ça pour quoi ? De nouvelles lois, un nouveau design pour la carte d’identité, un beau rapport que personne ne lira ? On ne sait pas… Beaucoup de bruit pour rien, sans doute.

Ce qui est sûr, de mon point de vue, c’est que l’identité nationale aura fait un grand pas le jour où on ne dira plus de Rachida Brakni que c’est une actrice française d’origine algérienne comme si c’était une circontance atténuante ni d’un délinquant qu’il est d’origine maghrébine comme si c’était une circonstance aggravante, où on ne suggérera plus à Rama Yade de se présenter dans l’Essonne parce qu’elle y fait plus couleur locale que dans les Hauts-de-Seine, où les gouvernements ne se demanderont plus comment intégrer les jeunes des cités dans la société mais « comment a-t-on fait pour accorder autant de poids aux vieux schnocks des beaux quartiers ? ».

Parce que la communauté des blancs bien pensants qui lisent Le Figaro et Télérama n’est qu’une des communautés qui réfléchit, consomme et agit en France. C’est « une certaine idée de la France », mais pas la France entière.

Si j’étais Frédéric Lefebvre, je posterais en illustration de ce billet la chanson « Douce France ». Peut-être même la version de Carte de Séjour (1986) pour faire plus branché.
1986, tiens donc, ce ne serait pas Ségolène qui aurait soufflé l’idée à Rachid Taha ?

L’identité nationale, c’est comme la branchitude : c’est à partir du moment où tu la décrètes que ça sent le coup monté.

To illustrate the first part of this lampoon, I originally wanted to post Do You Speak French by Nite School, but since this track is widely available on various blogs, I’ve dug into my music collection in order to find a relevant song about France… Many possibilities, among which:

But I’ve decided to follow the campy and slightly grotesque road of Spanish duet Baccara, who recorded « Parlez-vous français ? ». This masterpiece reached #7 at the 1978 Eurovision contest. The French lyrics use as many clichés as possible, like l’amour, french kissing and rough men taking girls to Paris.

That quite sums up my thoughts regarding the present political debate in France, on « national identity ».
Yes, France can be seen as a European country stuck between Spain and Luxembourg, which identity lies in the way its inhabitants enjoy seduction, making out and having sex. Honni soit qui mal y pense

Baccara – Parlez-vous français ?

Comment veux-tu que la France soit un grand pays avec un tout petit président ?

(Image by Riss from Charlie Hebdo)