Can’t we break all the rules for a while

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If someday we all go to prison for downloading music, I just hope they'll split us by the music genre.
2012 a bien commenc√©, enfin, pas pour tout le monde. Kim Dotcom (rien que pour ce pseudo ridicule, foutez-le en prison) pensait sans doute que ce serait l’ann√©e de son accession au titre de Steve Jobs 2.0, mais le FBI a pr√©f√©r√© le crucifier avant m√™me qu’il essaie. Enorme coup de communication de la part de cette institution qui aurait pu se contenter d’un mandat d’arr√™t, d’une inculpation pour trois cents millions de motifs criminels et faits d√©lictueux, mais non, il a fallu frapper encore plus fort, jeter le mec en t√īle et saisir ses biens comme si c’√©tait le boss d’un cartel colombien. Beaucoup l’ont dit et j’y souscris : Megaupload √©tait ind√©fendable, m√™me si tout le monde y a tremp√© sa souris un jour ou l’autre. Mais comme l’a fait remarquer @simoneduchemole : ¬ę¬†Les am√©ricains, pour fermer Megaupload ils sont tr√®s forts, mais pour fermer Guant√°namo il n’y a plus personne¬ę¬†.
Deux poids, deux mesures.
Quels int√©r√™ts si importants ont exig√© le d√©ploiement de tels moyens policiers autour du monde ? L’industrie de la musique, du cin√©ma, de la t√©l√©vision, de la presse et de l’√©dition m√™me (oui, oui, on peut m√™me t√©l√©charger le pdf de ¬ę¬†Internet pour les Nuls¬†¬Ľ ill√©galement) sont en crise, le raccourci facile est d’accuser le d√©veloppement des cyberlockers que ni Hadopi ni l’IFPI n’ont le droit de surveiller ou de contr√īler. Nagu√®re, c’√©tait les √©changes de torrents et le peer-to-peer. Avant, c’√©tait les graveurs de CD. Encore avant, les magn√©toscopes, les magn√©tophones, les bootleggers qui reproduisaient des vinyles pirates, les faussaires qui contrefaisaient Van Gogh ou Monet. Si l’on remonte le cours de l’histoire de l’art, on trouvera toujours une bande de petits malins qui se sont affranchis des contraintes technologiques, l√©gales, voire morales, au nom de la diffusion de contenus culturels, souvent int√©ress√©e. Sans parler des simples voleurs, qui n’ont besoin que d’un peu de doigt√© et d’audace pour acqu√©rir sans frais le dernier Myl√®ne Farmer ou ¬ę¬†Tire-m’en deux, c’est pour offrir¬†¬Ľ de San Antonio.
Contenus ou produits ? C’est bien l√† le cŇďur de la question : contrairement au vin, au pain et au Boursin, les contenus n’ont de la valeur qu’aux yeux de ceux que √ßa int√©resse. Les produits, en revanche, ont de la valeur pour ceux qui les produisent. On n’est pas pr√™t √† mettre la m√™me somme selon que l’on cherche une musique pour emballer les gonzesses ou que l’on g√®re les stocks pour faire monter les prix. La digitalisation devait mettre un terme √† cette p√©nurie organis√©e, et on y √©tait presque arriv√© : Internet, notamment gr√Ęce √† une myriade de blogs patiemment nourris et entretenus, √©tait bel et bien devenu la banque mondiale de la cr√©ation, une archive en expansion permanente o√Ļ presque tout √©tait accessible moyennant un abonnement √† un FAI.
D’o√Ļ l’indignation g√©n√©rale, bien l√©gitime : ceux qui paient (parfois cher comme aux USA) pour avoir acc√®s √† ce cybermarch√© ne comprennent pas pourquoi il faut payer en plus pour consulter le contenu, voire le sauvegarder sur disque dur. Comme si on payait un droit d’entr√©e √† la porte de Carrefour avant de passer √† la caisse pour un baril de lessive : la double peine. D’o√Ļ l’embarras des politiques qui ne savent pas comment l√©galiser ce transfert d’argent (avant on payait le disque, maintenant on paie la bande passante, autrement dit le droit de passage, au portier). D’o√Ļ la panique dans les grands groupes audiovisuels qui n’ont pas compris (ou qui font semblant de ne pas avoir compris) qu’il est ind√©cent de facturer (presque) aussi cher un fichier que le support physique (d√©j√† une arnaque en soi, mais c’est une autre histoire) ou que l’exp√©rience po√©tique d’une s√©ance de cin√©ma. D’o√Ļ l’hypocrisie des agences de pub qui se gavent sur la promotion de ces produits culturels mais aussi sur la concurrence entre fournisseurs d’acc√®s et services en ligne. D’o√Ļ la g√™ne de la presse sp√©cialis√©e qui vit notamment des dites campagnes, alors que les journalistes t√©l√©chargent √† tout va ¬ę¬†√† des fins documentaires¬†¬Ľ. D’o√Ļ la fracture num√©rique entre la g√©n√©ration des digital natives et celle des consommateurs de bien mat√©riels : le retour en arri√®re semble impossible, mais ce sont, pour l’instant, toujours les anciens qui dictent leur loi sur ce nouveau continent. Internet devait nous faire gagner du temps et de l’argent. En fait, √ßa nous prend tout notre temps et c’est un pr√©texte pour nous prendre aussi plus d’argent.
Kim Dotcom avait un autre plan en t√™te, qui mena√ßait de renverser le mod√®le vacillant. Pour peu que l’on se soit int√©ress√© aux diff√©rentes formules d’abonnement √† Megaupload ces derniers mois, le lancement de Megabox √©tait imminent. Ce n’√©tait pas un plan machiav√©lique et secret, simplement un √©norme coup de pied sur le point d’√™tre mis dans les couilles de la fourmilli√®re (voir le clip de promo avec Kanye West et Kim Kardashian, un teaser WTF). Un raccourci entre cr√©ateurs et internautes faisant fi d’iTunes, de Spotify ou de tous ces abonnements premium qui (√† mon avis) ne servent pas √† grand chose (√† part faire des profils d’utilisateurs, d√©couper en tranches les modes de consommation et inciter √† rester pas loin d’un √©cran qui affiche des banni√®res). Je ne dis pas non plus que cela aurait √©t√© la solution √† tout, mais au moins une tentative de mettre en ordre les usages sans spolier ceux qui travaillent ou cr√©ent. Ajoutez une petite taxe sur les revenus g√©n√©r√©s par ce service, et tout le monde aurait pu y trouver son compte.
Mais la crainte de voir les positions dominantes des industries cuturelles remises en cause a √©t√© trop forte, et les agissements fort peu honorables de Kim Dotcom et ses potes auront √©t√© l’excuse toute trouv√©e pour les faire tomber, sous les ricanements des Anonymous les plus implacables. N’est pas Julian Assange qui veut. D’autres sites vont prosp√©rer sur les cendres de MU, sans que cela ne fasse avancer le d√©bat d’un pouce : pas plus tard que le week-end dernier, √† l’occasion d’un anniversaire en famille, les bons plans s’√©changeaient entre jeunes et moins jeunes, la grand-tante affirmant que ¬ę¬†si je peux pas suivre la fin de la saison de The Good Wife, je sais pas ce que je vais devenir¬†¬Ľ.
Tandis que l’on voit s’√©tioler, du moins pour un temps, l’eldorado des contenus, quelles perspectives avons-nous ? La licence globale, une id√©e s√©duisante, est au fond inapplicable. Il faudrait d√©ployer des moyens consid√©rables de tra√ßage des contenus, et r√©soudre tout un tas de questions philosophiques pour faire en sorte qu’elle soit moins invasive sur le plan de la vie priv√©e qu’Hadopi et plus juste que la r√©partition SACEM. Les mod√®les √©mergents (streaming, abonnements, catch up, VOD…) ne r√®glent aucunement la question du piratage.
De la cr√©ativit√© et l’envie de rompre avec les sch√©mas construits depuis un si√®cle sont n√©cessaires pour embrasser la d√©mat√©rialisation des contenus ¬ę¬†in a material world¬†¬Ľ : comme le chante China Moses, comme l’a chant√© sa m√®re avant elle, can’t we break all the rules for a while?¬†

Probably PlayPause’s most extensive post, that develops my points of view regarding Megaupload and the Kim Dotcom case. But, long story short, here’s what I mean: music was never materialized to begin with. Prehistoric musicians never thought they could make a living out of their art, they probably never wanted to. Most post-cyber revolution artists won’t get rich either with their creation, but they’ll buy houses and pay for their childrens education with daytime jobs, endorsement deals and modelling contracts. Not that I find it exciting, life would be more fun and the world a better place if we could all just paint and dance all day long. Anyway, cultural industrialism has almost nothing to do with the primary purpose of artistic creation and performance.
Enough said. I’d rather introduce China Moses‘s song, Bad For Me, from which the title of this post is taken. The track written in 1979 for her mother, Dee Dee Bridgewater, was originally a charleston/disco album opener made famous by the Larry Levan 12″ mix (available on YouTube, but absurdly muted). It was turned into a lush and infectious groove reminiscent of Diana Ross’s Love Hangover, in 1996. I love this version and had to search my CD collection to hear it again.
And it helps soften my very serious and radical statement: as long as soul singers can make uplifting tunes about bad romances, I’ll be fine with this industry’s greed.
Almost.

China feat. Dee Dee Bridgewater – Bad For Me

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ça fait Dotcon.