#libertédeconscience #mariagepourtous

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Monsieur le Président,

Je ne vous écris pas pour vous demander de tenir la promesse 31 de votre plateforme présidentielle. A 37 ans, j’ai vu suffisamment d’élus, à tous les niveaux, de la petite mairie de campagne au palais de l’Elysée, oublier leurs paroles de campagne au profit d’un réalisme bon teint et de la recherche du consensus, une fois au pouvoir. Je ne me fais guère d’illusions et, je n’espère pas que vous mettiez en œuvre plus d’une trentaine de vos soixante engagements.
Le mariage pour tous, toutefois, tient une place à part dans le programme que vous avez présenté aux Français : une loi symbolique ; un engagement clairement de gauche ; une avancée sociale comparable à l’abolition de la peine de mort ou, dans une thématique plus proche, à l’égalité de la majorité sexuelle établies en leur temps par Mitterrand ; la possibilité pour la France en tant que pays des droits de l’homme de rattraper son retard sur la question ; une proposition à la fois « dans l’air du temps » mais aussi en avance sur les traditions dont on se réclame à mon goût trop souvent ; une réforme qui ne coûte pas un sou ; enfin, la reconnaissance par l’Etat que je ne suis pas un citoyen de seconde zone sur le plan psychologique, social et familial, indigne de me marier ou d’élever des enfants.
C’est pourquoi, depuis votre élection, parmi toutes les mesures que vous et votre gouvernement présentez, je suis de près le processus de sa concrétisation et le débat qui a bel et bien lieu à ce sujet.
Je ne suis pas le seul à avoir noté une certaine hésitation, si ce n’est de la timidité, lorsque la présentation du projet de loi devant le parlement a été repoussée de quelques semaines. Cela m’a choqué, j’ai immédiatement déploré que cela ne servirait qu’à envenimer le discours des uns et à radicaliser les autres. Cela n’a effectivement pas manqué et les manifestations de ce week-end en sont la preuve.
Que les religieux les plus archaïques s’accrochent à leurs dogmes pour s’y opposer, grand bien leur fasse. Qu’ils m’insultent au passage, qu’ils fassent l’amalgame entre l’homosexualité et des pratiques aussi condamnables que l’inceste ou la zoophilie, pourquoi pas. Tant que les dépositaires de l’autorité publique condamnent de tels propos, je suis rassuré.
Mais aujourd’hui, lors de votre discours devant l’Association des maires de France, vous avez proposé qu’on délègue le mariage entre homosexuels à des adjoints. Au nom d’une liberté de conscience, inacceptable, si ce n’est inconstitutionnelle, pour un élu municipal.
La promesse de l’égalité de droits n’en est désormais plus une, vous érigez le préjugé en principe recevable de l’exercice du pouvoir.
Comment osez-vous tordre ainsi la devise française « Liberté, égalité, fraternité ? Avez-vous considéré les conséquences d’une telle déclaration au regard des autres minorités qui constituent la population française ? Au nom de quelle valeur considérez-vous qu’un maire peut avoir une conscience autre que celle de servir la République et de faire appliquer sa loi ?
J’enrage et je regrette déjà les deux bulletins de vote que j’ai glissés dans l’urne pour vous porter aux responsabilités. Au-delà de la défense d’une cause qui me tient à cœur, ce soir, j’ai honte d’être français, honte d’avoir cautionné par la voie démocratique votre propre déni de l’idéal républicain.
Les convenances voudraient que je vous prie de recevoir mes salutations distinguées, mais je ne peux que vous présenter, Monsieur le Président, l’expression de ma consternation et le sentiment de déshonneur que vous m’inspirez.

Hubert Kerjean

[EDIT] Bien que le président ait retiré ses propos, je laisse le billet en ligne. Ça pourra toujours servir.

(Voir aussi : François Hollande – Quels droits pour les LGBT ?
Homosexualités et Socialisme, le 29 septembre 2011
image : affichespourtous.fr)